dimanche 11 janvier 2009

Propagande et manipulation : les fausses "lois des séries"

La "loi des séries" semble être de nos jours l'un des marronniers de presse des plus courants. Au delà d'une mode, ne s'agit-il pas d'une façon perverse de manipuler l'opinion pour faire passer les réformes les plus impopulaires ?

Les journaleux de la TV nous abreuvent régulièrement de drames en série, comme si le destin s'acharnait par la magie des astres sur telle ou telle catégorie, sur tel ou tel "phénomène de société".
Voici 12 ans, il y avait un pédophile à l'affut dans le moindre buisson, à un tel point qu'une communauté entière a basculé dans une psychose infernale dans la région d'Outreau... La France entière va en payer l'ultime conséquence car on justifie par cet enchaînement de faits la disparition du juge d'instruction indépendant.
Plus récemment, nous avons eu à subir quotidiennement les accidents de passages à niveaux, les autocars fous dévalant les pentes montagneuses, ou les encore les tremblements de terre meurtriers, dont on ne parle que par saccades, alors que plusieurs dizaines sont à déplorer chaque année.
A chaque fois, le politique démagogue se croit obligé d'apaiser l'opinion par une série d'interventions filmées et de "mesures à prendre d'urgence".
Mais la vraie vie sociale se moque comme de l'an 40 du cycle de Pluton, ou des lubies télévisuelles. Les communicants-propagandistes ont sans doute bien analysé le phénomène, puisque l'on voit désormais des "séries" de drames opportunément apparaitre au fil des besoins de réformes.

La cible de cette propagande perverse semble être aujourd'hui l'hôpital public.
Cliquez "décès enfant hôpital" sur google-actualités : des centaines d'articles vous sont proposés, déplorant ici ou là le décès qualifié de scandaleux ou d'anormal de plusieurs nouveaux nés dans les hôpitaux : erreurs, incompétences, inadmissible, crise, réforme, haro...


L'impression désagréable d'une chienlit indescriptible se dégage inévitablement de ce matraquage, quelle que soit la douleur légitime des malheureux parents touchés par ces drames !
Il devient tout à coup urgentissime d'en appeler au sauveur président. Comme ça tombe bien, on a un hôpital tout neuf à inaugurer à Strasbourg et l'omniprésident se précipite pour faire parler de lui, et son omniscience va tout réparer dare-dare grâce à une réforme ad-hoc consistant à ne pas augmenter les moyens... La propagande fait son effet, le politique récupère l'émotion.

Quelle est la réalité à long terme ?

La mortalité infantile est recensée depuis toujours, et disponible en ligne sur le site de l'INSEE :
L'amélioration du sort des jeunes enfants est constante, alors que nous avions la vague impression que les conquêtes de l'hygiène avaient réglé le problème. Il restait une marge de progression, car par rapport à 1970, ce sont 12.000 enfants de plus qui parviennent à l'âge de 1 an, et 2000 supplémentaires jusqu'à l'âge de 6 ans.
Pourtant, ce sont toujours environ 3000 enfants de moins de 1 an qui vont mourir prématurément en 2009, et une grande part de ces décès aura forcément lieu dans un hôpital public, quelles qu'en soient les circonstances ! 8 chaque jour !

Enfants_mortalite_1

On peut voir sur la période récente 2000 à 2006 que cette amélioration se poursuit, même si les courbes ont une tendance asymptotique car on approche sans doute d'une limite incompressible des accidents de la vie néonatale :

Enfants_mortalite_2

C'est là que nous apparait le coté pervers de ces propagandes médiatiques et autres lois des séries ! En effet, malgré les progrès incontestables dûs aux constantes amélioration des service de santé périnatale, on déplore en France toujours environ 2000 décès de nouveaux nés chaque année dans les 28 premiers jours de leur courte vie.
Soit 36 par semaine : de quoi alimenter une série de reportages interminables dans nos médias ahuris, à moins qu'ils ne trouvent promptement un nouveau sujet à série pour une nouvelle intervention de notre petit Bonaparte ?
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